Avant le départ : les dernières ventes à Schleithal

Lors de ma visite aux Archives d’Alsace, j’ai pu retrouver plusieurs actes notariés relatifs aux ventes effectuées par nos familles avant leur départ pour l’Amérique.

Il était assez évident qu’elles avaient dû se séparer de tout ou partie de leurs biens immobiliers avant d’entreprendre un tel voyage. On pouvait donc espérer en retrouver la trace dans les archives des études notariales de Wissembourg ou de Lauterbourg.

N’ayant finalement pas disposé d’autant de temps que je l’avais imaginé, j’ai pris le parti de concentrer mes recherches sur Lauterbourg.

J’ai commencé par parcourir le registre de recette des actes civils publics du bureau de Lauterbourg, couvrant la période à partir du 8 novembre 1832, à la recherche d’actes mentionnant les patronymes qui nous intéressent.

Une fois les références repérées, toutes concernant des actes passés devant Charles Savagner, notaire royal à Lauterbourg, j’ai pu consulter les minutes de son étude pour les mois précédant juin 1833.

Et retrouver plusieurs actes particulièrement intéressants.

Il s’agit des ventes suivantes :

  • 29 mars 1833 : Nicolas Grether.
  • 9 avril 1833 : Jean Grether.
  • 9 avril 1833 : Jacques Boeshertz.
  • 9 avril 1833 : Jean Paul.
  • 12 avril 1833 : Gaspard Dietenbeck.
  • 19 avril 1833 : vente complémentaire de biens meubles et effets appartenant à Jean Grether, Jacques Boeshertz et Michel Schoenenberger.
Arch. Alsace – BR, 3Q 12034 – Photo de l’auteur

Je n’ai malheureusement pas retrouvé les actes de vente des familles Schoenenberger et Hemmerlé. Peut-être ont-ils été passés devant un notaire de Wissembourg, ou à une date antérieure qui m’aurait échappé. Il est également possible que certaines opérations aient été réalisées sous d’autres formes.

On remarquera que les ventes concernant les Dietenbeck et les Grether font intervenir Christophe Grether, père de Jean, Nicolas et Thérèse, l’épouse de Gaspard Dietenbeck. Une partie des biens vendus lui appartient, ou lui a appartenu. Son rôle dans la préparation du départ de ses enfants mérite donc une attention particulière.

Ces actes nous renseignent non seulement sur les biens possédés par les familles, mais aussi sur les moyens financiers dont elles ont pu disposer pour entreprendre leur voyage. Maisons, granges, écuries, vergers, terres et prés : les ventes permettent de reconstituer une partie de leur patrimoine avant l’émigration.

Les modalités de paiement sont également révélatrices. Certaines opérations sont réglées comptant, tandis que d’autres nécessitent l’intervention de tiers pour permettre aux vendeurs de disposer immédiatement de leur argent, sans attendre plusieurs années le règlement des acquéreurs.

Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Enfin, les dates de ces ventes sont particulièrement intéressantes pour reconstituer la chronologie du départ.

Le 19 avril 1833, certains de nos futurs migrants sont encore à Schleithal pour procéder à la vente de leurs derniers biens meubles et effets. Or, rappelons-le, l’Adeline quitte Le Havre le 17 mai suivant.

Il s’écoule donc moins d’un mois entre cette dernière vente et le départ du navire. Un délai qui comprend nécessairement les derniers préparatifs, le voyage jusqu’au Havre et l’attente de l’embarquement.

Nous reviendrons bien sûr sur cette traversée de la France, dont nous ignorons encore les modalités précises. Mais ces actes nous permettent désormais de situer beaucoup plus précisément les dernières semaines de nos familles en Alsace.

Dans les prochains articles, nous examinerons ces ventes une à une, dans l’ordre chronologique, afin de mieux comprendre ce que chacun a laissé derrière lui avant de prendre le chemin de l’Amérique.

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