Quelques bâtonnets dans les archives

L’autre jour — je veux dire, il y a peu de temps — j’étais en Alsace. Je n’y étais pas allé depuis des années. Et en déboulant de Bâle vers Mulhouse, après avoir passé Saint-Louis, j’ai eu la larme à l’œil en voyant, derrière, là-bas, la longue ligne des Vosges bouchant tout l’horizon.

Avec mon fils, nous avons fait la route des Crêtes, le Hartmannswillerkopf et le Grand Ballon, dans les Vosges, avant d’aller passer quelques jours à Strasbourg. Puis, bien sûr, nous avons aussi fait un petit tour par Schleithal et Wissembourg. Et Woerth aussi.

Le prétexte général était d’aller enfin travailler aux Archives d’Alsace. Depuis le temps que je devais le faire !

J’y suis allé quatre jours d’affilée, et j’en ai ramené quelques précieuses informations concernant mon histoire, celle des migrants de l’Adeline.

Mon objectif numéro 1, pourtant, était de trouver et de ramener tous les rapports que l’administration aurait pu rédiger à un moment ou à l’autre, si possible en 1833, ainsi que toutes les fiches ou passeports concernant les migrants alsaciens. C’est ce que m’indiquait la feuille de route que j’avais préparée en amont.

J’ai épluché trois dossiers consacrés à l’émigration, mais je n’y ai pas trouvé ce à quoi je m’attendais.

Croyez-le ou non, je n’y ai trouvé ni répertoire nominatif permettant de retrouver systématiquement les passeports délivrés, ni liste recensant les noms de tous les migrants partis. Rien de ce genre, en tout cas, dans les dossiers sur l’émigration et les passeports que j’ai consultés.

Alors oui, on trouve pas mal de courriers officiels intéressants. Mais pour les recherches généalogiques, ces dossiers sont en principe de peu d’aide, sauf à avoir la chance qu’un ancêtre ait fait l’objet d’une correspondance administrative particulière.

En tout cas, ce n’est pas cette malle aux trésors que tout descendant de migrant alsacien rêve d’ouvrir.

À titre d’exemple, j’ai cependant photographié ce « passeport à l’étranger ». Voilà à quoi il ressemblait.

Celui-ci a été établi le 19 mars 1830 par la préfecture du Bas-Rhin pour Théophile Kienlien, teinturier, natif de Brumath. D’après sa généalogie visible en ligne, il semble qu’il ne soit finalement pas parti.

Et c’est sans doute précisément pour cette raison que son passeport se trouve encore dans ce dossier. Parce que, bien évidemment, les migrants emportaient leur passeport.

Arch. Alsace – BR, 15 M 55 – photo par l’auteur

L’administration tenait bien des comptes de ces migrants ayant quitté l’Alsace. On trouve même de nombreux rapports présentant des chiffres pour différents cantons et communes.

Mais, au bout du compte, il semble que les seules traces laissées par nos migrants, dans les dossiers que j’ai consultés, se résument à ces quelques bâtonnets inscrits sur des morceaux de papier déchirés. Parce que deux de ces bâtonnets, là, ici, sur cette image, représentent mes ancêtres, Gaspard Dietenbeck et son épouse, Thérèse Grether.

Arch. Alsace – BR, 15 M 63 – photo par l’auteur
Arch. Alsace – BR, 15 M 63 – photo par l’auteur

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